
Le Maroc face aux influences opportunistes
Le Maroc est à la croisée des chemins. Face aux enjeux cruciaux du développement social – lutte contre le chômage, amélioration des systèmes de santé et d’éducation – le peuple marocain fait preuve d’une résilience et d’une intelligence collective indéniables, cherchant activement des solutions pérennes pour l’avenir. Pourtant, dans ce contexte sérieux, une distraction bruyante s’est installée au premier plan de l’espace public numérique : celle d’une certaine catégorie d’influenceurs.
Leur posture récente, celle de nouveaux champions de la contestation sociale et de la liberté d’expression, sonne pour beaucoup comme une mascarade opportuniste.
- L’opportunisme des « Grimpeurs de Vagues »
L’un des arguments les plus cinglants contre ces figures est le timing de leur « réveil civique ». Où étaient ces voix auto-proclamées de la liberté lorsque les problématiques sociales étaient moins en vogue, moins médiatisables, moins susceptibles de générer un buzz viral ? La vérité, c’est que l’engagement subit et spectaculaire d’une partie de ces influenceurs a tout du simple calcul de notoriété.
Comme le dit l’expression populaire, ils « grimpent sur la vague » (tal3ine 3la l’mawja). L’objectif n’est pas le changement sociétal, mais l’augmentation des likes, des abonnés et, in fine, du compte en banque. Le fond cède la place à la forme, le sérieux à la dramatisation excessive. Ils monétisent la colère populaire, transformant des préoccupations nationales légitimes en un simple produit de divertissement éphémère.
Ce rôle tardif et opportuniste jette une ombre de méfiance sur toute la sphère. L’authenticité fait défaut, et le public, loin d’être dupe, perçoit cette manœuvre comme une tentative de capter un auditoire engagé sans en partager réellement les valeurs ni les sacrifices. Pire encore, cette dynamique peut avoir des conséquences graves : propagation de fake news, incitation à la violence, et désignation de mauvais porte-parole qui dévoient la parole du mouvement GenZ, pourtant légitime dans ses revendications.
- L’aveuglement refusé par le peuple marocain
Il est impératif de souligner une chose : le peuple marocain est cultivé, alerte et profondément intelligent. Contrairement à ce que pourraient espérer certains, il ne suit pas aveuglément des « gourous » du digital. Les Marocains savent distinguer ceux qui servent sincèrement l’intérêt du pays de ceux qui se servent d’une cause.
Le Maroc, dans son histoire récente, a fait face à des adversaires et des agendas externes qui cherchent à semer la discorde. Choisir de « contester » ou de « défendre » une cause sociale avec une ferveur soudaine et tapageuse, précisément lorsque le contexte national ou régional est déjà sensible, pose la question de la responsabilité et de la conscience du bien commun.
- Un risque de récupération politique et d’ingérence
Au-delà de l’opportunisme individuel, se profile un danger plus grand : la récupération politique. Certains partis, médias ou groupes d’intérêt peuvent instrumentaliser ces voix influentes pour servir des agendas cachés, dénaturer les revendications populaires ou même attiser les divisions. Dans un contexte géopolitique fragile, l’ingérence externe n’est pas à exclure. Des acteurs hostiles aux intérêts du Maroc pourraient exploiter ces relais d’opinion pour affaiblir la cohésion nationale et saper les efforts de développement.
Les véritables défenseurs de ce pays sont ceux qui œuvrent dans l’ombre, les bâtisseurs, les travailleurs, les éducateurs, et non les agitateurs d’une heure.
- Du divertissement stérile à la responsabilité citoyenne
Certes, il serait injuste de généraliser. Des créateurs de contenu au Maroc font un travail remarquable, promouvant l’art, la culture, l’entrepreneuriat ou le développement personnel, contribuant positivement à l’épanouissement de la jeunesse. Ils sont les exceptions qui confirment une règle malheureusement répandue.
La majorité visible des influenceurs est, trop souvent, le vecteur d’un contenu stérile, de la superficialité et de la promotion à tout va de produits sans valeur ajoutée, voire dangereux (comme l’ont montré de récents scandales de santé ou d’arnaque). Cette superficialité n’aide en rien le pays et son peuple à s’orienter vers l’excellence, l’innovation et le développement.
L’heure est à la lucidité. Le Maroc a besoin de voix qui construisent, qui informent avec rigueur, qui inspirent l’effort et la formation, et non de celles qui déconstruisent pour des vues. Le temps de l’influence creuse doit prendre fin, laissant place à une véritable création de contenu responsable qui honore l’intelligence et l’ambition d’une nation en plein essor.
Le peuple marocain, par sa maturité, saura trier le bon grain de l’ivraie.

Idriss SAFAA ELFILALI
Juriste à la SRM-MS et doctorant chercheur à la FSJES d’Agdal

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