Le Maroc et le Sahara: entre droit international et droits historiques

Par : Anyss Azzabi

Le Sahara atlantique, jadis une large étendue de sables où le Soleil fouettait de ses rayons les  quelques hardis tribus qui s’y sont installées, connait aujourd’hui le développement de grandes  villes à l’avenir prospère. Les apparences sont certes trompeuses, car sous ces dunes de sable  sec sont enfouies de précieuses ressources naturelles. Dans le monde de la géopolitique, cela  suffit à créer des conflits entre États. Ces derniers instrumentalisent le droit international afin  de légitimer leurs convoitises et de décrédibiliser leurs rivaux. Le droit international moderne a  certes, posé comme principe le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, mais dans le cas du  Sahara, ce principe est habilement utilisé pour développer une narration anti-marocaine. Il  convient donc de retracer l’histoire politique de cette région, d’étudier les origines de ce conflit,  son développement, la légitimité des revendications et des actions du Maroc, et enfin, dans  quelle mesure les autres parties prenantes, qui se disent neutres et impartiales, y sont  impliquées. C’est ce à quoi je me propose de m’attacher dans cet article.  

Section 1. Contexte des revendications territoriales marocaines 

Profondeur historique d’un lien : des Almoravides aux Alaouites 

Je n’ai certes pas l’intention de me lancer dans une longue dissertation historienne, mais je juge  nécessaire de présenter les liens historiques entre le Sahara et le Maroc. 

Au XIème le Sahara était peuplé par les Sanhajas, une grande confédération de tribus Amazighes.  Le chef d’une de ces tribus se nommait Yahya Ibn Brahim. C’était un homme avide de  s’instruire sur les questions islamiques. De retour de la Mecque après y avoir effectué son  pèlerinage, il se mit en tête d’enseigner l’islam à son peuple. Sa quête d’un savant l’arrêta à  Neffis, dans le pays des Masamidas, dans ce qui deviendra plus tard Marrakech. Il y fit la  rencontre d’un maitre du nom de Waggag, lui exposa ses intentions et se plaignit de l’absence  de savants dans son pays et de l’ignorance qui, par conséquent, frappait son peuple en matière d’islam. Waggag réunit alors ses élèves et leur annonça qu’il fallait que l’un d’eux s’occupa de  cette requête. L’un d’entre eux, du nom de AbdAllah Ibn Yassine, se porta volontaire. C’est  ainsi qu’Abdallah accompagna Yahya Ibn Ibrahim dans son pays pour instruire son peuple du  Coran, de la Sunna et des préceptes du prophète. Il les nomma ensuite « Al-Mourabitoun » (Les  Almoravides), c’est-à-dire les gens qui vivent dans le Ribat.1 

1 C’est le lieu où les Sanhajas apprenaient la religion, Abdallah les aurait appelés ainsi car ils ne quittaient  quasiment plus ce ribat.

Abdallah Ibn Yassine devint le chef des Almoravides et tous lui obéissaient au doigt et à l’œil.  C’est ainsi que naquit la dynastie Almoravide, fondée par un marocain, qui entreprit par la suite  de s’étendre et d’unifier toutes les contrées avoisinantes sous une seule foi islamique. Ses  successeurs prirent la relève et achevèrent son projet. À son apogée, sous le commandement de  Yousouf Ibn Tachfine puis de son fils, les Almoravides régnèrent sur un immense territoire 

s’étendant de l’Espagne jusqu’à l’actuel Sénégal, et ayant comme capitale ; Marrakech. 

Les Almohades et les Mérinides qui leur succédèrent ne s’aventurèrent guère dans cette région,  car pendant presque tout leur règne, ils furent occupés à guerroyer contre les royaumes de la  chrétienté en Al-Andalus et contre les rebelles au Maghreb. Il aurait été inconcevable pour ces  deux dynasties de délaisser leurs frontières nord et est, pour tenter une expédition au sud. Il  fallut donc attendre le XVIème siècle, avec l’avènement des chérifs Saadiens, pour que le Sahara  redevint une partie du Maroc. Sous le règne d’Ahmed Al-Mansour « Eddahbi », l’autorité  marocaine fut reconnue jusqu’au Sahel. Les Saadiens, contrairement aux gouvernements qui  les ont précédés, n’eurent plus à se préoccuper de l’Andalousie, que les rois catholiques avaient entièrement conquise, ni du Maghreb, dont les Turcs s’étaient emparés. Les frontières de  l’empire s’étant stabilisées après l’éclatante victoire d’Oued-el-makhazin en 1578 contre les  Portugais, Ahmed Al-Mansour dirigea ses troupes vers la conquête du Soudan1.  

Quand le règne glorieux de cette dynastie s’éteignit, elle fut remplacée par les Alaouites au  XVIIème siècle, qui conquirent à leur tour le Sahara et dont les possessions dépassèrent  également le fleuve du Niger au cours du XVIIIème siècle.  

Ainsi, de ce bref exposé, on conclut que les liens entre les tribus sahariennes et les souverains  du Maroc remontent à l’époque almoravide, où les tribus sanhajiennes prêtèrent allégeance à  Abdallah Ibn Yassine. Jusqu’à l’époque des Alaouites, les tribus sahariennes renouvelèrent ce  serment d’allégeance, la prière du Vendredi fut dite en leur nom dans les mosquées, et 

l’investiture des caïds et chefs tribaux se faisait par un dahir portant le cachet du sultan, parfois dans des villes marocaines comme Marrakech ou Fès. Enfin, pour citer un dernier exemple, en  cas de litiges, on faisait souvent appel à l’arbitrage du sultan pour trancher et résoudre les  conflits.  

Mais Au XIXème siècle, un puissant ennemi allait envahir la région. En 1830, en effet, la France  débuta sa conquête du Maghreb Centrale, et le Maroc se trouva très vite impliqué dans cette  guerre, qui déboucha quinze ans plus tard vers la triste bataille d’Isly.  

La catastrophe d’Isly 

En 1830 donc, la France envahit le Maghreb centrale. Un groupe de résistants algériens se forma autour d’un chef dénommé Abdelkader et opposa une farouche résistance aux colons français.  L’émir Abdelkader bénéficiait de la totale solidarité des Marocains, et plus particulièrement de  

1 Le Soudan, en arabe « Bilad Es-sudan » littéralement « le pays des noirs », par le passé désignait la région de  l’Afrique qui s’étend à l’Ouest jusqu’à la côte Atlantique et à l’est jusqu’à la partie occidentale du pays qui porte le  même nom et où vivaient plusieurs peuplades et royaumes. À ne pas confondre donc avec le pays actuel du Soudan. Cette immense territoire pouvait même être divisé en 3 parties : le soudan occidental – centrale et orientale.  Concernant les dynasties marocaines, leurs conquêtes s’étaient surtout faite en Soudan occidentale.

la population du nord, dans le Rif. Il faut dire que ces derniers avaient vu d’un très mauvais œil  l’incursion chrétienne en terre d’Islam. On parlait dès lors de l’Algérie comme d’une deuxième  Palestine qu’il fallait absolument libérer. Le Maroc, à cette époque, était allié de la France, mais  le sultan ne pouvait négliger l’appel de son peuple à soutenir la résistance algérienne.  

La situation continua de s’escalader, ce qui allait amener l’armée du sultan à affronter l’armée  française le 14 Aout 1844 à Isly, non loin de Oujda. La défaite des Marocains fut totale et  rapide. À la suite de cette bataille, le Maroc fut contraint de signer le traité dit de « Lalla  Maghniya ». 

Si le traité avait résolu les frontières nord-est, entre le Maroc et la colonie française d’Algérie,  pour la frontière sud, c’était une tout autre histoire. Les articles 4 et 6 du traité mentionnent assez clairement qu’au sud, c’est-à-dire au Sahara, il n’y aurait aucune limite territoriale.  L’ambiguïté territoriale entre les deux pays, née de ce traité, sera à l’origine des violents conflits  plus d’un siècle plus tard. 

Mainmise espagnole sur le Sahara 

Quinze ans après la déroute d’Isly, le Maroc subit une autre défaite, tout aussi cuisante, contre  une autre puissance européenne : l’Espagne. À la suite de celle-ci, les Espagnols obtinrent une  extension du territoire de Sebta et annexèrent plus tard celui de Sidi Ifni. 

Le XIXème siècle est l’époque que les européens appellent le « concert européen ». Les États du  vieux continent cherchaient à maintenir un équilibre entre eux en privilégiant la diplomatie et  la négociation plutôt que les guerres incessantes. C’est le début du partage du gâteau africain !  Le Maroc, affaibli par les guerres précédentes, était à la merci des puissances européennes. Les  pays qui s’intéressaient le plus à l’empire chérifien étaient la France, qui avait déjà conquis la  Tunisie et l’Algérie, et l’Espagne, qui souhaitait depuis longtemps s’emparer des côtes  sahariennes pour deux raisons principales : d’abord sécuriser et protéger les iles Canaries, et  ensuite exploiter les richesses de la pêche côtière. Quant à l’Allemagne et à l’Angleterre, elles  utilisèrent habilement le Maroc comme une monnaie d’échange diplomatique pour obtenir des  concessions de la France dans d’autres parties de l’Afrique. 

Les conférences de Madrid (1880) et celle de Berlin (1884) servirent d’abord d’outils juridiques pour légitimer l’intervention étrangère au Maroc et dans les autres pays africains. C’est ainsi  que les dirigeants européens se réunirent autour d’une table à Berlin, sortirent une carte de  l’Afrique d’une armoire qu’ils dépoussiérèrent, prirent un crayon et tracèrent des traits  arbitraires pour se partager le continent. 

Les Espagnols réclamaient des droits historiques sur les côtes marocaines. L’Espagne avait en  effet construit pendant le XVème siècle une forteresse près de Sidi Ifni qu’ils avaient nommée « Santa Cruz de la Mar Pequeña » et qu’ils occupèrent jusqu’en 1524, date à laquelle les  troupes saadiennes la récupérèrent. Mais la géographie du Maroc attira également les  convoitises des Anglais, qui avaient déjà fondé en 1874 la North West Afrrica Company à Cap  Juby (Tarfaya), dans le but de profiter du commerce transsaharien en interceptant directement  les caravanes venues du Soudan. L’intérêt était avant tout économique. Auparavant, ces 

caravanes transitaient par des ports marocains comme Mogador (Essaouira). En établissant un  comptoir commercial sur la côte, les puissances européennes s’approvisionnaient en produits  sahariens directement à la source, évitant ainsi de passer par le Maroc. Cette manœuvre leur  permettait de s’affranchir du paiement des taxes douanières dues au Makhzen. Mais l’entreprise  n’a pas donné les résultats escomptés et les Anglais abandonnèrent leur comptoir en le vendant  au Maroc en 1895. 

L’incursion d’une influence britannique au Maroc fut perçue comme une menace pour les  Espagnols, qui redoutaient surtout qu’une puissance européenne s’installe en face des canaries. À cela s’ajoutait la menace française, qui progressaient depuis le sud marocain et l’ouest  algérien. Considérant donc que les cotes sahariennes du Maroc devaient rester dans leur sphère d’influence, les Espagnols décidèrent de prendre les devants et d’occuper la côte du Sahara en  1884. Le seul point où ils réussirent effectivement à s’implanter fut un lieu qu’ils nommèrent  Villa Cisneros (l’actuelle ville de Dakhla). Ce n’est qu’après l’instauration du protectorat  français en 1912 que les Espagnols commencèrent à pénétrer plus avant à l’intérieur du Sahara. 

La décision de l’Espagne d’occuper le Sahara ne resta pas sans réponse du Maroc, qui fournit  les armes nécessaires aux Sahraouis pour se battre. La résistance sahraouie s’était formée autour  d’un personnage dénommé Ma-el-Ainine, qui était le représentant du gouvernement marocain  au Sahara. Un fonctionnaire africain de l’administration coloniale française, Bou el Mogdad,  indiqua dans son rapport, à la suite d’une mission effectué dans l’Adrar en 1900 :  

« Je puis vous informer que le grand marabout Cheik Ma el Aïnin est toujours très estimé du  Gouvernement marocain dont il est le représentant ; qu’on achève de construire à Smara sa  résidence, un vaste immeuble en maçonnerie destiné à recevoir les troupes que le Sultan va y  envoyer sur sa demande. Il s’est rendu dernièrement à Marrakech où le Sultan l’avait convié  pour assister à la nomination de son grand vizir décédé ».1 

L’aide militaire du Maroc alla jusqu’en Mauritanie, que l’on considérait à l’époque comme le  prolongement naturel du territoire marocain. En effet, lorsque la France débuta ses conquêtes  en Mauritanie, au Sénégal et au Sahel, plusieurs tribus qui prêtaient allégeance au sultan lui  réclamèrent un soutien par l’intermédiaire de Ma el Aïnin. Mais il devint évident que le soutien  marocain allait agacer les français, qui firent tout pour le réprimer.  

Depuis la fin du XIXème siècle jusqu’au début du XXème siècle, le Maroc continua de s’affaiblir  et de s’endetter en contractant des crédits auprès des Européens, surtout des français, et qui  comportaient des conditions portant atteinte à la souveraineté du pays. La situation économique  était catastrophique, et le niveau de la population s’était considérablement dégradé, provoquant  une colère populaire. La France alla même jusqu’à proposer un protectorat pour « pacifier le  pays ». Mais elle contraignit surtout le gouvernement marocain à cesser son aide aux Sahraouis,  ainsi dans l’article 10 de la convention franco-marocaine de 1910 on lit :  

« Au sujet du cheik Ma el Aïnin et des ennemis de la France au Sahara, le Gouvernement  chérifien devra empêcher que ces agitateurs ne reçoivent des encouragements et des secours  en argent, armes et munitions. Il adressera des lettres, dont la délégation de France recevra  

1 Cour internationale de Justice (CIJ). Mémoires, plaidoiries et documents, Sahara occidental. Vol. III, Exposés  écrits et documents (suite et fin). La Haye : CIJ, 1975, p. 189.

copie, aux autorités du Sous et de l’oued Noun pour leur prescrire de réprimer la contrebande  des armes dans ces régions. » 

Le Maroc devenu beaucoup trop faible, fut incapable de lutter pour conserver son territoire. En  1912, la France s’était mis d’accord avec Madrid pour se partager ce qui restait de l’empire  chérifien : l’Espagne prenait le nord du pays (à l’exclusion de Tanger, qui devenait une enclave  internationale) tandis que la France prenait le centre. Mais même après que le Maroc fut  officiellement placé sous protectorat, ni les Français ni les Espagnols ne réussirent à soumettre  complètement leur zone d’influence avant le début des années 1930, se heurtant à une résistance  honorable de la population marocaine. L’Espagne ne parvint à maintenir son autorité dans ses  territoires (Rif au nord, Sahara au sud) qu’avec l’appui de la France. 

Pour conclure cette première section, nous avons pu démontrer que les prétentions territoriales  marocaines reposent sur des liens historiques solides avec le Sahara. Nous avons aussi pu  démentir l’argument selon lequel le Maroc n’aurait commencé à combattre la décolonisation  du Sahara qu’après la création du Polisario.  

Mais l’on nous reprochera sans doute que l’histoire n’est pas pertinente et que seul le droit  international l’est. Alors examinons comment le droit international a traité cette affaire. 

Section 2. Décolonisation du Sahara 

En 1956, le Maroc signa des accords qui mirent fin au double protectorat franco-espagnol. Les  Espagnols s’étaient retirés du nord du pays mais occupaient toujours le sud. Débuta alors pour  le royaume la quête de recouvrer son intégrité territoriale et de rétablir les limites historiques  du pays, qui s’étendaient, jusqu’au fleuve Sénégal et englobaient le Sahara, l’ouest de l’Algérie,  la Mauritanie et une partie du Mali. C’est dans ce but que fut créée l’armée de libération (ALN)  dans les années 50. 

Guerre de Sidi Ifni 

Le roi Mohammed V commença par réclamer le territoire de Sidi Ifni, que les Espagnols  occupent depuis la fin de la guerre hispano-marocaine de 1859-1860. Le refus de Madrid de  restituer Ifni et Tarfaya engendra une vive opposition de la population locale, soutenue par  l’ALN. 

Il s’en suivit donc une guerre entre le Maroc et l’Espagne. Les combats s’élargirent même jusqu’au Sahara, ou les marocains entreprirent le siège de Laayoune. La guerre dura de 1957 à  1958 et, comme lors de la guerre du Rif, il fallut une coalition franco-espagnol pour venir à  bout des combattants marocains. Dans la foulée, des accords furent signés, et l’Espagne céda la  région de Tarfaya le 1er Avril 1958. Ifni, quant à elle, fut rétrocédée au Maroc le 4 Janvier 1969. 

Le problème de la Mauritanie 

En 1960, le Maroc s’opposa à l’indépendance de la Mauritanie, la considérant comme ayant  toujours fait partie de son intégrité territoriale. En Novembre 1898, Xavier Coppolani, agent de  l’administration française, avait reçu pour mission d’entrer en relation avec les groupes maures 

et Touaregs établis au nord de la colonie du Sénégal. C’est dans ce contexte qu’il s’adressa, par  courrier, au ministre des Colonies, en ces termes : 

« J’espère que vous n’avez pas oublié que la Mauritanie est le prolongement naturel du Maroc  d’où, autant que partout ailleurs, il nous est possible de participer à l’œuvre entreprise … Nous  avons aujourd’hui franchi la barre du Sénégal et bientôt, si vous le vouliez, nous pourrions être  au contact de ce bled el makhzen par l’intermédiaire des personnages religieux de l’Adrar dont  l’action s’exerce sur les principaux centres chérifiens. »1 

Mais lorsque le Maroc porta sa thèse devant les Nations unies, celle-ci fut rejetée par les  représentants des autres États qui soutenaient le droit aux Mauritaniens à disposer d’eux-mêmes et dénoncèrent des aspirations annexionnistes de la part du Maroc.  

Toutefois, les revendications de Rabat n’étaient pas totalement illégitimes. La thèse marocaine  se basait sur la volonté de restaurer l’unité entre peuple marocain et mauritanien. Cette  possibilité d’union fut écartée dès lors que la France omit, comme option dans le referendum de 1958, celle permettant aux Mauritaniens de se rattacher au Maroc. Ces derniers ne pouvaient  choisir qu’entre un « oui » signifiant le maintien au sein de la communauté française, ou un «  non » entrainant l’indépendance. Par conséquent, Rabat ne reconnut pas la Mauritanie dans  l’immédiat, mais ne le fit qu’en 1969. 

Crise maroco-algérienne : la guerre des Sables 

Pendant ce temps, la guerre d’indépendance de l’Algérie battait son plein, et les Marocains ne  cachaient pas leur soutien pour la cause algérienne. C’était, dit-on l’époque où l’on brandissait  trois doigts en l’air pour signifier la solidarité des Tunisiens et des Marocains avec les  Algériens. Pour reprendre les mots de chef du gouvernement marocain de l’époque, Bekkai : «  Le Maroc et la Tunisie sont les ailes du Maghreb… Quand les ailes sont libres, le corps se  libère ». 

L’aide que fournit le Maroc fut politique, diplomatique, militaire et financière. Il reconnut  immédiatement le jour même de sa création le Gouvernement provisoire de la République  algérienne (GRPA) le 19 septembre 1958. Le Maroc soutenait donc l’indépendance de  l’Algérie, bien qu’il continua de revendiquer une partie de son territoire, n’ayant aucun doute  que lorsque les Algériens seraient indépendants, la résolution de la question des frontières serait  plus facile. Le 6 Juillet 1961, le Maroc et le GRPA signe une convention par laquelle ils  s’engageait à résoudre les problèmes frontaliers une fois l’indépendance de l’Algérie acquise.  Un comité devait être créé, chargé d’étudier et de trouver une solution à ce différend. 

Un an plus tard, l’Algérie devient enfin indépendante, mais l’unité de la nation est loin d’être  acquise. Le 26 Septembre 1962, le FLN de Ben Bella, soutenu par l’armée renverse le GRPA. Le Maroc s’alarma, et ses inquiétudes se concrétisèrent rapidement : Ben Bella renia la  convention signée un plus tôt et refusa de négocier la question des frontières, estimant que  

1Cour internationale de Justice (CIJ). Mémoires, plaidoiries et documents, Sahara occidental. Vol. III, Exposés  écrits et documents (suite et fin). La Haye : CIJ, 1975, p. 189.

chaque mètre carré de l’Algérie avait été conquis par le sang et le martyr de son peuple. Le roi  Hassan II jugea que l’Algérie avait trahi son engagement. Les mois suivants connurent une  escalade de la tension, jusqu’en Septembre 1963, où les deux pays entrèrent en conflit armé,  épisode connut sous le nom de la « guerre des sables ». Le Maroc disposait de la supériorité  militaire, mais l’Algérie, fraichement indépendante, jouissait d’un large soutien de la  communauté internationale, notamment des républiques socialistes. La guerre ne dura pas  longtemps. Dès 1964, l’Organisation de l’unité africaine finit par intervenir pour mettre un  terme à l’effusion du sang. À l’issue des combats, les frontières restèrent inchangées. 

Dès lors, Rabat abandonna définitivement les solutions militaires pour défendre ses droits  historiques et rétablir son intégrité territoriale, s’en remettant désormais à la voie diplomatique. 

La voie du référendum 

La guerre des sables avait permis à l’Algérie de forger une certaine unité nationale dans un  contexte d’instabilité intérieure et de propager le mythe d’un voisin agresseur. Le conflit du  Sahara allait fournir à Alger l’occasion qu’elle attendait pour affaiblir le Maroc et détourner son  attention des prétentions territoriales que ce dernier avait en Algérie. La diplomatie marocaine  se devait donc de faire preuve d’une grande habilité pour concilier ses droits historiques avec 

le droit international, afin de gagner sa cause auprès de la communauté mondiale.  

Le Maroc appela donc à la décolonisation d’Ifni et du Sahara, toujours sous occupation  espagnole, ce que le gouvernement de Madrid rejeta. L’ONU allait examiner la question d’Ifni  indépendamment de celle du Sahara. Pour Ifni, l’organisation appela la puissance administrante  à entamer la décolonisation du territoire et sa rétrocession au Maroc. Par contre, pour le Sahara,  elle exigea que l’Espagne organise un referendum permettant à la population autochtone de  s’autodéterminer. Cette différence de statut accordé aux deux territoires s’expliquait par le fait  que la Mauritanie revendiquait également le Sahara et soutenait l’idée que sa population devait  être libre de choisir son avenir. 

Le Maroc changea de position et soutint lui aussi les résolutions visant à accorder aux habitants  du Sahara la liberté de choisir leur destin. Ainsi, le délégué marocain déclarait aux Nations  Unies en 1966 :  

« D’autre part, il n’y a aucune incompatibilité entre le fait de dire d’une part que les territoires  en question étaient marocains et doivent le redevenir, et d’autre part qu’ils doivent être  indépendants. Le Maroc joue en l’occurrence la carte de l’indépendance convaincu que, lorsque  Ifni et le Sahara seront libres, ils sauront choisir la voie qui leur conviendra le mieux. » 1 

De son côté, l’Algérie qui se présentait comme une « partie intéressée », se déclara également favorable au droit à la libre détermination de la population autochtone.  

L’assemblée générale demanda à l’Espagne de procéder à la décolonisation du Sahara en  organisant un référendum sous les auspices de l’ONU, en consultation avec les parties  

1 Nations Unies, Assemblée générale, Comité spécial sur les pays et les peuples coloniaux, Al AC. \09/SR.436,  p. 17.

intéressées (Maroc – Mauritanie – Algérie). Mais l’ONU eut la vigilance de définir les critères  par lesquelles un territoire pouvait accéder à l’autonomie : il pouvait soit : a) devenir un État  indépendant et souverain ; b) s’associer librement à un État indépendant ; c) s’intégrer à un État  indépendant (Résolution 1541 XV). Ainsi, l’accession à l’autonomie pouvait également se faire  par l’intégration à un État existant.  

De 1966 jusqu’à 1973, ces quatre pays (Maroc, Mauritanie, Espagne, Algérie) réaffirmèrent  constamment leur accord à l’organisation d’un referendum au Sahara.  

Cependant, la mise en place de ce referendum tardait toujours. L’Espagne invoquait comme  raison officielle la difficulté de recenser toute la population autochtone. Le 22 Septembre 1971,  l’Espagne fit savoir par l’intermédiaire de son représentant permanent à l’ONU, que les  préparatifs du recensement prenaient plus de temps que prévu en raison du caractère nomade  de la population. 

Création du Front Polisario 

L’année 1973 marqua un tournant dans l’histoire du conflit : un nouvel acteur fit son apparition,  forçant le Maroc a changé de position et à revoir sa stratégie. 

Comme mentionné précédemment, dans les années 1950 fut créé l’Armée de libération  nationale avec pour mission de libérer les terres marocaines par les armes et la force. Ses  membres étaient issus de diverses régions, également de farouches Sahraouis déterminés à libérer leur territoire. 

Même après la défaite lors de la guerre d’Ifni (1957-58), l’esprit de l’ALN persista et s’intégra  à la vie politique de l’État, en rejoignant les parties de gauche tels que l’Union nationale des  Forces populaires (UNFP). Ce parti, anticolonialiste et anticapitaliste, rejetait toute forme d’influence et d’ingérence occidentale dans les affaires du pays. L’opposition menée par  l’UNFP et les gauchistes contre le pouvoir s’accentua dans les années qui suivirent, plongeant le Maroc dans la période que l’on appelle « les années de plomb ». 

Les ex-membres de l’ALN qui avaient intégré l’UNFP poursuivirent pour la plupart leurs études  dans les universités marocaines, notamment à Rabat et Fès. C’est à Rabat que le futur leader du  Polisario, Mohammed Ali Al Aadmi, Ghali Seyed Mostapha (elouali), étudia le droit et les  sciences politiques. Dès 1969, ces étudiants commencèrent à former un mouvement pour la  libération du Sahara. Il n’a jamais été question au début, de créer un État indépendant ; le  mouvement luttait contre le colonialisme espagnol. Mais ils ne reçurent aucune aide de la part  des parties politiques marocains ou du gouvernement. L’affaire du Sahara étant déjà aux mains  de l’assemblée générale de l’ONU, où le Maroc avait voté en faveur de résolutions incitant à la  décolonisation du territoire pacifiquement par référendum, le royaume aurait été bien  embarrassé de soutenir en parallèle des groupes armés. 

Pour ces étudiants sahraouis, le royaume n’en faisait pas assez et aurait même gelé la lutte pour  la récupération du Sahara, s’en remettant uniquement aux solutions onusiennes. Il fallait donc  trouver de l’aide ailleurs, El-Ouali effectua des voyages en Algérie et en Lybie au début de  1973. Si Alger se montra dans un premier temps très réticente à apporter son soutien, Kadhafi, 

qui était contre toute idée d’un rattachement du Sahara au Maroc, était prêt à lui fournir des  armes pour combattre les Espagnoles et fonder un État indépendant.

C’est en Mauritanie, qu’El Ouali réunit ses compères à Zouerate le 10 Mai 1973 et fonda le  front populaire pour la libération de la Saquia el-hamra et Oued eddahab dit Polisario, qui sera  basé après à Tindouf en Algérie. Kadhafi a pu recruter un bon nombre de volontaires issus de  tribus nomades de Mauritanie, du Mali, du Niger, du Tchad, du Soudan, et même d’Algérie,  pour grossir les rangs du Polisario. C’est donc grâce au soutien libyen que ce dernier vit le jour. 

L’alliance entre le Polisario et la Lybie finit par alarmer Alger, qui redoutait l’influence  grandissante de son voisin dans la région, et se mit aussitôt à soutenir le front à son tour.  

En plus de l’apparition de cette entité anti marocaine, le Maroc devait également faire face à  L’Espagne, qui s’était lancé dans une politique du « fait accompli » en prenant des décisions  unilatérales, sans respecter ses engagements envers l’Assemblée des Nations unies. À titre  d’exemple, Madrid annonça vouloir organiser un referendum au début du semestre 1975, sans  concertation préalable ni avec le Maroc ni avec la Mauritanie. Pour ces deux pays, il ne faisait  plus de doute que l’Espagne gagnait du temps pour maintenir son contrôle sur le Sahara et  cherchait vraisemblablement à mettre en scène un referendum manipulée à l’avance. La  situation a été assez bien décrite par M. Jean Salmon, représentant du gouvernement  mauritanien à l’époque : 

« Tout porte à croire que l’Espagne profite des retards apportés à la réalisation du référendum  pour transformer l’économie, le caractère du pays, les institutions, en vue d’y créer une entité  autonome que, dans un vocabulaire consacré qui choquera peut-être certains, on appelle un  Etat fantoche. »1 

Le Maroc et la Mauritanie ne furent pas les seules à soupçonner l’Espagne de vouloir truquer  le référendum. L’Algérie avait également fait part de ses inquiétudes quant à la tenue d’une  consultation inauthentique, son ambassadeur M. Mohammed Bedjaoui, avait déclaré lors de son  exposé oral devant la CIJ :  

« Il ne faut pas que la puissance administrante, au Sahara occidental comme ailleurs, organise  un référendum inauthentique, sans quoi l’autodétermination ne serait en fait qu’un simulacre  et ne serait pas en droit ce principe exactement inverse de la théorie de la terra nullius. »2 

Dans ces circonstances, le Maroc et la Mauritanie estimèrent donc que de nouveaux obstacles  entravèrent l’exercice du droit à l’autodétermination, et changèrent aussitôt leurs attitudes sur  la question. 

Arbitrage de la Cour internationale de Justice 

En 1974, le Maroc lança une offensive diplomatique. En Septembre, le roi Hassan II tint une  conférence de presse au cours de laquelle il adressa au Gouvernement espagnol la proposition  suivante :  

« Vous prétendez, Gouvernement espagnol, que le Sahara était res nullius. Vous prétendez que c’était  une terre ou un bien qui était en déshérence. Vous prétendez qu’il n’y avait aucun pouvoir ni aucune  administration établis sur le Sahara. Le Maroc prétend le contraire. Alors nous demandons l’arbitrage  

1 Cour internationale de Justice (CIJ). Mémoires, plaidoiries et documents, Sahara occidental. Vol. IV, Exposés  oraux. La Haye : CIJ, 1975, p. 330. 2 Ibid. p.500.

de la Cour internationale de Justice de La Haye. Elle va dire le droit. C’est une Cour qui est un  organisme dépendant directement des Nations Unies. Elle dira le droit sur les titres et elle pourra à ce  moment-là éclairer l’Organisation des Nations Unies pour recommander au Maroc et à l’Espagne la  voie à suivre. Si effectivement la Cour internationale de Justice déclare que c’était une res nullius, que  c’était un bien en déshérence, alors j’accepte le référendum en disant: Bon, il n’appartenait à  personne. » 

La Mauritanie accepta également le recours à la CIJ. Ainsi, le 13 décembre 1974, l’Assemblée  générale des Nations unies demanda un avis consultatif à la Cour internationale de justice. Cet  avis devait répondre à deux questions :  

I. Le Sahara occidental (Rio de Oro et Sakiet El Hamra) était-il, au moment de la  colonisation par l’Espagne, un territoire sans maître (terra nullius) ?  

Si la réponse à la première question est négative,  

Il. Quels étaient les liens juridiques de ce territoire avec le Royaume du Maroc et  l’ensemble mauritanien ? 

Le choix d’une intervention de la cour internationale de Justice fut vivement combattu par les  délégations de nombreux pays, dont l’Espagne, estimant qu’on avait déjà tranché le moyen de  résoudre le conflit. Mais ces questions n’étaient pas de simples questions historiques à caractère  académique, comme le soutenait la thèse espagnole. Elles étaient bel et bien des questions de  droit. 

En outre, pourquoi l’Espagne, qui s’était affichée comme un acteur neutre se contentant  d’appliquer les résolutions de l’ONU, s’opposa-t-elle si tenacement à l’intervention de la CIJ ?  Les réponses que la cour allait donner pouvaient-elles porter atteinte aux intérêts espagnols au  Sahara ? Dès lors que les parties concernées avaient une opinion divergente sur le statut du  Sahara à l’époque de sa colonisation, il existait bien un différend juridique. La cour n’avait pas  à trancher à qui reviendrait la souveraineté de ce territoire. Comme l’expliqua clairement M.  Driss Slaoui, représentant du gouvernement marocain, dans son exposé oral, la Cour allait  éclairer la situation juridique passée, et non définir le statut futur du territoire.  

« La réponse que la Cour donnera à la demande d’avis ne réglera aucun différend territorial ; le sort  du Sahara est dans les mains de l’Assemblée générale et d’elle seule et l’Assemblée ne s’est pas liée,  même conditionnellement, à faire dépendre ses décisions de la réponse de la Cour. Mais cette réponse  ne sera pas moins utile et nécessaire car au nom de quoi le Gouvernement espagnol interdirait-il à  l’Assemblée de prendre en considération la situation du Sahara occidental au moment de la colonisation  ? ».1 

Remarquons que l’Assemblée générale reconnaissait elle-même l’existence d’un différend juridique lié au statut du Sahara. Dans la résolution 3292 (XXIX), elle déclarait : 

« Constatant qu’une difficulté juridique a surgi au cours des débats au sujet du statut dudit territoire  au moment de sa colonisation par l’Espagne, Considérant, dès lors, qu’il est hautement souhaitable que  l’Assemblée générale obtienne pour poursuivre l’examen de cette question lors de sa trentième session.  Un avis consultatif sur certains aspects juridiques importants du problème. » 

1 Cour internationale de Justice (CIJ). Mémoires, plaidoiries et documents, Sahara occidental. Vol. IV, Exposés  oraux. La Haye : CIJ, 1975, p. 123.

Ce n’était donc pas seulement le Maroc ou la Mauritanie, mais bien l’Assemblée générale des  Nations unies elle-même, soit la volonté collective des membres de l’ONU qui jugea utile de  solliciter l’avis de la Cour pour l’aider à trouver une solution menant à la résolution finale du  problème. 

La notion de « territoire sans maitre » (terra nullius) est une invention de l’impérialisme  européen du XIXème siècle visant à légitimer ses conquêtes en terre africaine. Suite à la  conférence de Berlin de 1884, les États européens se partagèrent le continent. Qu’un territoire  fut complètement indépendant ou qu’il relevât de l’autorité d’un autre État africain déjà existant  (Maroc, Tunisie, Zanzibar, Abyssinie, etc.) n’avait aucune importance, puisque  l’expansionnisme colonial européen s’attaqua également à ces faibles États. Le vrai sens du  statut « territoire sans maitre » était donc « territoire sans maitre européen ». Par conséquent,  tout territoire devenait légitimement occupable, pourvu qu’une autre puissance européenne ne  s’y fut pas déjà installée. Il ne restait plus aux Européens qu’à envoyer leurs explorateurs à la  recherche de chefs de tribus locaux et leur faire signer quelques papiers par lesquels ils  acceptaient leur « protection », ces traités étaient souvent écrits en langue étrangère que ces  chefs autochtones ne comprenaient même pas. Grâce à cette fiction juridique, les Européens  présentaient ensuite ces traités aux autres États pour faire valoir leurs droits sur leur nouvelle  colonie. 

Le 16 Octobre 1975, la Cour internationale de Justice émis son avis consultatif. Son examen  révéla que le Sahara n’était pas une terre sans maitre au moment de la colonisation espagnole.  Toutes les parties prenantes en convenaient, l’Espagne elle-même ne cherchant pas à le  contester. La première question était donc tranchée : la Cour répondit, contrairement à ce que  prétendait l’Espagne, que le Sahara n’était pas une terre sans maitre. Il fallait désormais passer  à la deuxième question, à savoir déterminer quels étaient les liens juridiques de ce territoire  avec le Royaume du Maroc et l’ensemble mauritanien. 

Si le Maroc était un état ayant donc un statut de droit international bien défini, la Mauritanie  n’était évoquée que comme un « ensemble », une conception vague se référant à une entité  regroupant des émirats et des tribus aux caractéristiques culturelles et sociales similaires, mais  non unifiée par une autorité politique unique, ce qui expliquait qu’elle n’avait pas la qualité  d’un État. Selon la thèse mauritanienne, les frontières de cet ensemble s’étendaient de l’oued  Saguia el-Hamra jusqu’au fleuve du Sénégal.  

La délégation marocaine défendit, entre autres, un argument crucial : la distinction entre le droit  musulman et le droit européen. Le Maroc était certes, considéré à l’époque un empire, mais pas  la conception européenne. Le territoire marocain s’étendait aussi loin que sa souveraineté  religieuse existait, au sens où l’empereur marocain n’avait pas besoin d’exercer un contrôle  militaire et administrative permanent sur une région pour que l’on considère que ce territoire  relevait de son autorité. Les liens religieux, qui se manifestaient par l’allégeance des tribus  sahariennes au sultan marocain, étaient suffisants pour prouver sa souveraineté sur ce territoire. 

Mais toute l’habilité des avocats marocains n’a pas suffi à convaincre entièrement la Cour. Sur  cette deuxième question, la Cour reconnut l’existence de liens juridiques entre le Sahara, d’une  part,et le Maroc ainsi que l’ensemble mauritanien, d’autre part, sans pour autant constater la  preuve d’un lien de souveraineté territoriale entre le dit territoire et ces deux États.

La Marche Verte 

L’Algérie et l’Espagne poursuivaient un objectif commun : la création un État indépendant au  Sahara. Mais qui n’aurait été en réalité qu’un État fantoche leur permettant de préserver leurs  intérêts. Les Espagnols pensaient qu’un État sahraoui indépendant leur faciliterait l’accès aux  riches gisements de phosphates de Bou Craa, tandis que l’Algérie y voyait une voie d’accès aux  eaux profondes de l’Atlantique.  

Après presque dix ans de tergiversations, l’Espagne annonça finalement l’organisation d’un  referendum au début de l’année 1975, sans concertation avec les parties prenantes et sans  contrôle d’une commission de l’ONU. Le Maroc, la Mauritanie et même l’Algérie n’y virent  qu’un simulacre visant à créer un État marionnette. Rabat allait astucieusement utiliser l’avis 

de la Cour pour empêcher ce référendum. Elle lança dans le plus grand des secrets « l’opération  Fath », nom de code de la Marche verte. Une impressionnante mobilisation populaire eut lieu dans toutes les régions du Maroc. Ce furent 350 000 civils qui entrèrent pacifiquement au  Sahara le 6 novembre. Si l’entreprise pouvait paraitre extraordinaire de part sa complexité  logistique, sécuritaire et sanitaire, elle eut un succès remarquable et permit à Rabat d’atteindre son objectif : faire pression sur l’Espagne et empêcher le référendum annoncé. À ce moment,  l’Espagne traversait une période de crise interne marquait par la fin du règne du général Franco.  Les autorités espagnoles ne souhaitaient pas enclencher un nouvel affrontement militaire avec  le Maroc, et encore moins tirer sur des civils désarmés. Le 9 Novembre, le roi Hassan II  interrompit la Marche après que Madrid lui eut fourni des garanties de négociations. Le 10  Novembre, Madrid ouvrit des négociations tripartites avec Rabat et Nouakchott, qui aboutirent  quatre jours plus tard à un accord signé par ces trois gouvernements. L’accord prévoyait le  retrait espagnol du Sahara au 28 février 1976, ainsi que le partage du territoire : le Maroc prenait  le nord (Saquia-al-Hamra) et à la Mauritanie reviendrait le sud (Oued Eddahab). Le roi Hassan  II avait réussi son pari risqué, mais les Espagnoles avaient toutefois obtenu d’importantes  garanties dans l’exploitation des gisements de phosphates.  

Le plus grand perdant de cet accord fut l’Algérie, qui fut complètement délaissée et mise à  l’écart lors des négociations. Les accords prévoyaient une consultation de la population  sahraouie par l’intermédiaire de la Jamâa, mais aucune mention n’est faite du Polisario, preuve  que l’Espagne ne reconnaissait aucune légitimité à cette entité. Toutes ces décisions prises par  Madrid entrainèrent des réactions hostiles et violentes de la part d’Alger, qui alla même, par  l’intermédiaire du Polisario, déclarer la guerre au Maroc et à la Mauritanie. 

Proclamation de la R.A.S.D, début de la guerre du Sahara 

Au début de l’année 1976, l’Algérie expulsa de son territoire 30 000 Marocains comme  premières mesures de représailles. Puis le Polisario déclara la guerre totale à Rabat et à  Nouakchott. Ce fut le début d’un conflit armé qui allait durer quinze ans, une seconde guerre  des Sables, mais cette fois par procuration, opposant indirectement le Maroc et l’Algérie. Les 

tentatives de médiation de la Ligue arabe pour apaiser les tensions n’eurent aucun résultat. L’Algérie posa comme préalable à toute négociation le retrait des troupes marocaines du  territoire, ce que le Maroc refusa.

Le conflit algéro-marocain continua d’évoluer. L’escalade militaire s’aggrava au point que les  deux armées se firent face à Amgala à la fin de Janvier 1976. Bien que le président Boumediene  niât, dans un premier temps, la présence de son armée au Sahara, les Forces armées royales  (FAR) avaient bel et bien surpris un bataillon de plus de 400 soldats algériens dans cette ville,  dont elles capturèrent une centaine. La bataille d’Amgala constitue une preuve irréfutable de  l’implication directe de l’Algérie dans le conflit. 

Dans la nuit du 27 au 28 Février 1976, le Polisario proclama officiellement la « République  Arabe Sahraouie Démocratique » (RASD). En parallèle de ses offensives militaires, le front lança des campagnes diplomatiques pour obtenir une reconnaissance internationale, à  commencer par celle l’Organisation de l’unité africaine (OUA). Le Maroc et la Mauritanie  menacèrent de quitter l’organisation en cas d’admission du Polisario. Pour affaiblir les milices  du Polisario, le Maroc s’attaqua au problème à sa source, qui n’est pas Alger, mais plutôt son  grand allié : Moscou. En effet, le Polisario combattait principalement avec des armes  soviétiques. Le Maroc se rapprocha de l’U.R.S.S en signant avec elle divers accords, les plus  importants étant ceux conclus en 1978 qui prévoyaient le développement des transactions  commerciales entre les deux pays. Par ces accords, le Maroc avait contraint le Politburo  soviétique à restreindre son aide militaire au Polisario. Comment, en effet, l’URSS aurait-elle 

pu sécuriser l’approvisionnement en phosphate nécessaire à son agriculture si, dans le même  temps, elle armait des milices qui mettaient en péril l’exploitation même de ces ressources ? 

Récupération de Oued Eddahab 

Du coté mauritanien, une succession de crises internes allaient affaiblir le gouvernement en  place, qui fut renversé par un coup d’état en Juillet 1978. Nouakchott, ne trouvant plus les  ressources pour poursuivre la guerre, abandonna l’affaire du Sahara. Elle signa un accord avec  le Polisario le 5 Aout 1979 à Alger, renonçant définitivement à ses revendications territoriales  sur le Sahara.  

Ce rapprochement entre la Mauritanie et le Polisario alerta immédiatement le Maroc qui ne  pouvait se permettre de voir la province d’Oued Eddahab tomber entre les mains du front. La  réponse de Rabat fut rapide et déterminée. Le Maroc prit les devants, regroupa ses forces armées  et lança l’opération « Qadr » pour récupérer la province. Le Polisario lança également une  attaque massive, mobilisant au moins 3 000 combattants. Dans une tentative de progresser vers  la ville la plus importante : Dakhla, ils prirent d’assaut une petite garnison marocaine de 800  soldats stationnée à Bir Anzarane le 11 Aout 1979. Les défenseurs s’opposèrent courageusement aux assauts ennemis. Le Polisario fut défait et battit en retraite. La victoire  politique obtenue par la reconnaissance mauritanienne fut ainsi suivie d’un cuisant échec  militaire, et le 14 Aout le drapeau marocain flotta joyeusement à Dakhla.

Admission du Polisario à l’OUA 

Au début de années 1980, la question du Sahara fut au centre des débats au sein de l’OUA, qui  subissait des pressions croissantes pour intégrer la RASD. L’Algérie était parvenue à rallier à  sa cause la majorité des États-membres (26 sur 50). Le Maroc protesta, indiquant que toute  admission de la prétendue RASD décrédibiliserait l’organisation, et constituerait une violation  de l’article 28 de sa charte. 

Cet article 28 fut utilisé à la fois par les deux parties pour justifier leur position. Pour le Maroc  et les opposants à la RASD, il était clair que la prétendue RASD n’était pas un « État  indépendant et souverain », condition nécessaire pour adhérer à l’OUA. Le Maroc déclarait  alors « si vous voulez reconnaître le Polisario comme un Parti politique, vous êtes libres de le  faire ! Il réside à Alger, le Polisario ; il n’a pas une parcelle de terre au Sahara. Aucune  population, sur le territoire du Sahara, ne répond du Polisario. La RASD n’est pas un Etat ».  Les pays alliés au Maroc menacèrent de quitter l’OUA en cas d’admission du Polisario. 

En revanche, Alger et les partisans de la RASD rétorquaient que 26 États reconnaissaient déjà la RASD, ce qui représentait la majorité simple requise pour l’admission d’un nouvel État. À l’issue de cette bataille juridique, un compromis fut trouvé : une résolution fut adoptée,  prévoyant la création d’un comité ad-hoc chargé de la question du Sahara, et qui ferait rapport lors du prochain sommet. 

Lors du sommet de l’année suivante à Nairobi, le roi Hassan II déclara accepter un referendum  au Sahara sous l’égide de l’OUA, mais refusa d’entrer en négociations directes avec le Polisario,  proposant à la place de négocier avec l’Algérie et la Mauritanie. Ce discours fut accueilli avec  enthousiasme, et il fut décidé de transformer le comité ad hoc en comité de mise en œuvre.  D’Aout 1981 à Février 1982, ce comité consulta avec toutes les parties prenantes (Maroc,  Algérie, Mauritanie et Polisario) pour fixer les dates d’un cessez-le-feu et d’un referendum.  Alors que l’on discutait encore de ces deux dates, une nouvelle sidérante arriva : la RASD fut  officiellement admise comme étant le 51ème membre de l’OUA. Les principes de l’organisation venaient d’être piétinés par cette décision, comme le commentait une note verbale de  l’ambassade de Guinée : 

« Est-ce qu’on peut admettre juridiquement, politiquement la République Arabe Sahraouie  Démocratique comme 51e membre de l’OUA et, ensuite, aller au Sahara organiser un vote d’auto détermination ? Ce serait, pour nous, témoigner d’une incohérence sans précédent, que de proclamer à  la face du monde que la République Arabe Sahraouie Démocratique est un Etat indépendant et  souverain, et d’aller, ensuite, consulter les populations sahraouies sur leur devenir. »1 

Les représentants du Polisario siégèrent ainsi pour la première fois à l’OUA en Novembre 1984.  L’admission de cette entité non-étatique entraina le retrait immédiat du Maroc de l’organisation.  Comme le résuma parfaitement l’ancien président guinéen Ahmed Sékou Touré dans la note  déjà citée : « Si l’on veut de l’OUA, on respecte sa Charte ». 

1 Commission des Communautés européennes. Note verbale de l’Ambassade de la République populaire  révolutionnaire de Guinée concernant la déclaration du Président Ahmed Sékou Touré sur l’OUA. SEC (82) 1425.  25 août 1982. Archives historiques de la Commission, Dossier SEC (82)1425, Vol. 1982/0066. Bruxelles. p.10

Fin de la guerre et Instauration de la MINURSO 

Pendant ce temps, la guerre s’enlisait au Sahara. Les FAR affrontaient un ennemi bénéficiant d’une parfaite connaissance du terrain et disposant d’un matériel militaire moderne et adapté  au désert. Celui-ci lançait des attaques surprises, empêchant toute progression marocaine. Face  à cette tactique de guérilla qu’on qualifie également de « hit and run », l’armée marocaine ne  pouvait de toute évidence occuper l’intégralité des 266 000 Km2 du territoire.  

Confronté à cette impasse militaire et diplomatique, mais contrôlant déjà les principales villes,  le Maroc changea de stratégie. Il se mit sur la défensive et entreprit, entre 1980 à 1987, la  construction d’un mur de sables entre les zones du Sahara sous son contrôle et celles où  opéraient les milices du Polisario. Le mur se révéla extrêmement efficace. Il permit de contrôler  les mouvements du Polisario, neutralisant ainsi l’élément de surprise qui faisait sa force. De  surcroit, il protégea les principales villes sahariennes (Smara, Boujdour, Laayoune, Dakhla)  ainsi que les mines du phosphate. 

La stratégie du mur des sables fut donc un succès. Elle permit au Maroc de stabiliser la situation  sécuritaire et de relancer l’activité économique dans sa province méridionale en y développant  de grands projets.  

Durant la fin des années 1980 et le début des années 1990, le Maroc se trouva en position de  force. L’Algérie, de son côté, commençait à s’épuiser de cette guerre et réduisit petit à petit son  aide au Polisario, L’assistance même aux réfugiés sahariens fut déléguée aux organisations  humanitaires à partir de 1989. Le contexte géopolitique global de cette époque, marqué par  l’effondrement du mur de Berlin et la fin de la guerre froide, favorisa également le Maroc. Les  grands alliés de l’Algérie, à savoir l’URSS et les républiques socialistes, s’étaient affaiblis et  discrédités, provoquant par un effet de domino l’isolement et l’affaiblissement du Polisario.  

Les deux parties, se déclarèrent alors favorables à une médiation de l’ONU. Des négociations  débutèrent dès 1988 pour trouver un accord de paix. En 1991, les belligérants acceptèrent un  cessez-le-feu et s’accordèrent pour l’organisation d’un référendum. L’ONU mit en place la  Mission des Nations Unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental  (MINURSO), chargée de surveiller le cessez-le-feu et de procéder à l’identification de la  population éligible au vote pour le référendum qui offrait deux options : l’intégration au Maroc  ou l’indépendance.  

Ce référendum n’aura jamais lieu et fut continuellement reporté, faute que les deux parties ne  parvinrent pas à s’accorder sur le corps électoral. Définir tous les votants ne fut pas chose aisé. Dès 1991, le Secrétaire général des Nations Unies, M. Javier Pérez de Cuellar, relevait dans son  rapport du 19 décembre, que « du fait de leur caractère nomadique, les populations du  Territoire traversent facilement les frontières pour se rendre dans les pays voisins, où elles sont  accueillies par des membres de leurs tribus ou même de leurs familles. Ce flux et reflux des  populations au niveau des frontières du Territoire rendent difficile le recensement complet des  habitants du Sahara espagnol, et pose également le problème délicat de l’identification des  Sahraouis du Territoire et, au-delà, un recensement satisfaisant des réfugiés ».

Plan d’autonomie marocain 

Au début des années 2000, les Nations unies parvinrent à la conclusion qu’un référendum aux  options maximalistes (intégration / indépendance) n’était plus une solution envisageable et se  mirent à rechercher d’autres voies. Les nouvelles propositions s’orientaient vers un règlement  politique « sans vainqueurs ni vaincus », cherchant un accord qui puisse satisfaire toutes les  parties. On envisagea par exemple un partage du territoire, s’inspirant des accords de Madrid  de 1975. Le Maroc refusa catégoriquement une telle option. Il ne faut pas s’y tromper : il y a  une différence entre partager un territoire avec un État souverain reconnu et le faire avec une  entité factice au service d’intérêts étrangers. 

Depuis le cessez-le-feu de 1991, il était devenu évident que la solution militaire était écartée et  que seule une issue diplomatique pouvait mettre fin au conflit. Conscient qu’aucun accord direct ne pourrait être obtenue avec l’Algérie et le Polisario, le Maroc élabora une nouvelle stratégie :  présenter une solution crédible, faisable et réaliste, susceptible de séduire la communauté  internationale. L’objectif était qu’une fois cette solution acceptée par la communauté  internationale, celle-ci l’imposerait au Polisario. 

Dans cette perspective, correspondant à la recherche d’une « troisième voie », le nouveau roi  Mohammed VI soumit l’initiative d’un plan d’autonomie pour la région du Sahara. Ce statut  permettrait à la population sahraouie de gérer ses propres affaires locales à travers des organes  législatif, exécutif et judiciaire. 

L’état marocain, toutefois, conserverait ses fonctions régaliennes : la défense et la souveraineté nationale, les relations extérieures, ainsi que les attributions constitutionnelles et religieuses du  roi. 

Le Maroc s’engagea, en cas d’approbation de son plan, à réviser sa constitution pour y  incorporer le statut d’autonomie. Il promit également de rapatrier le reste de la population  sahraouie sans arrestation, détention ou emprisonnement. Le plan fut évidemment rejeté par le  Polisario et l’Algérie, mais il séduisit les grandes puissances occidentales. 

Le Soft-power gagnant du Maroc 

Pour continuer à s’attirer les faveurs de la communauté internationale, le Maroc a bâti sa  politique étrangère reposant largement sur le soft-power. En 2017, il fit son grand retour au sein  de l’Union africaine et mise depuis sur une collaboration sud-sud, promouvant de grands projets avec ses partenaires africains tels que le gazoduc avec le Nigéria ou, plus récemment,  « l’initiative atlantique » où le Maroc propose de désenclaver les pays du Sahel en leur offrant  un accès à l’océan Atlantique via le Port de Dakhla. Ce qui prouve le succès de la politique étrangère marocaine, c’est que malgré la succession des coups d’État survenus au Sahel depuis  2020, au cours desquels les militaires ont renversé des gouvernements perçus comme de simples  marionnettes françaises, ces nouveaux régimes continuent de considérer le Maroc comme un  partenaire fiable. Cela, bien que le royaume demeure un pays pro-Occident. La politique de  non-ingérence est pratiquée par le Maroc sur la scène internationale ; depuis le déclenchement 

de la guerre russo-ukrainienne, Rabat a adopté une position de neutralité et maintient de bonnes relations avec les deux camps.  

Le soft power marocain a augmenté considérablement depuis la Coupe du monde de football  de 2022. L’exploit et la gloire sportive d’être la première équipe africaine à atteindre les demi finale, a permis au Maroc de s’attirer une sympathie mondiale, contribuant ainsi à entretenir  une image positive à l’international. Le soft power marocain depuis, repose presque entièrement  sur le foot, le royaume ayant massivement investi dans ce sport, notamment en organisant de  grandes compétitions comme la CAN et la coupe du monde. 

S’il privilégie le soft-power, le Maroc ne délaisse pas pour autant le Hard Power. Rabat continue  de moderniser ses équipements militaires. En 2020, elle a signé les accords d’Abraham avec  Tel-Aviv, en contrepartie de la reconnaissance américaine de la marocanité du Sahara. Ce  rapprochement avec Israël sert aussi à contrer l’axe Alger-Téhéran. 

La diplomatie marocaine continue donc de réaliser des succès et jouit désormais du soutien des  principales puissances occidentales (Washington, Paris, Madrid, Berlin). Le 31 Octobre 2025,  le conseil de sécurité de l’ONU a soutenu, pour la première fois, le plan d’autonomie, ce qui est  dû aux bons rapports que le Maroc entretient avec les 5 membres permanents du conseil.  Washington, Paris et Londres appuient tous la solution marocaine. La Russie, allié traditionnel  de l’Algérie, mène depuis plusieurs années une politique de neutralité sur le dossier, à l’instar  de la Chine.  

De son coté, Alger, qui a décidé de baser presque toute sa politique étrangère à défendre le  Polisario, continue de s’isoler. Les tentatives d’intrusion du Polisario en Europe, notamment au  sein de la cour de justice de l’union européenne (CJUE) ont échoué et n’ont pas réussi à  déstabiliser les relations entre le Maroc et les membres de l’UE. Le front tente également de  s’infiltrer dans des évènements internationaux, mais essuie presque systématiquement des  désaveux. Lors de la TICAD-9, c’est en présence même des représentants séparatistes que le  Japon a réitéré sa non-reconnaissance de la RASD. Lors des sommets Russie-Union africaine,  Moscou refuse toujours d’inviter le Polisario, et ce malgré les demandes pressantes d’Alger.  

À ce jour, le dossier saharien n’est toujours pas clos, mais l’on semble assister à l’épilogue d’un  conflit vieux d’un demi-siècle. L’Algérie continue de s’obstiner à exiger un référendum, alors  même que l’ONU ne le considère plus comme une solution réaliste. Le déclin lent mais certain du Polisario est déjà enclenché. Il n’aura pas le prestige de connaître une mort honorable ; il  finira englouti par les sables mêmes qui l’ont vu naitre.

Conclusion 

Au terme de cet exposé, on peut affirmer avoir démystifié certains arguments fréquemment  avancés contre la position marocaine. La quête du Maroc pour protéger son intégrité territorial a débuté dès 1884, au moment où les espagnols envahissaient le territoire, et n’a depuis jamais  cessé. Nous avons démontré que le Maroc ne s’est jamais opposé au référendum  d’autodétermination ; il l’a accepté de 1966 à 1973, l’a réaffirmé en 1981 et à nouveau en 1991,  par confiance en la population sahraouie. L’option du référendum, aussi séduisante en théorie,  ne constitue plus une solution réaliste. L’ONU a elle-même souligné la difficulté de recenser  toute la population éligible au vote. Face à la mauvaise foi de ses ennemis, le Maroc ne pouvait  attendre patiemment que l’ONU résolve la situation. Il ne faut pas ignorer la réalité du terrain  et les facteurs géopolitiques qui ont alimenté ce conflit, né en plein contexte de guerre froide, 

entre ceux qui soutenaient le Polisario les soi-disant « révolutionnaires » et ceux qui soutenaient le Maroc « les capitalistes », ce fut une guerre indirecte entre l’occident et le bloc Est, comme  dans d’autres part du monde.  

Nous avons également établi qu’Alger n’est pas qu’une simple « partie intéressé » se cachant  derrière une neutralité pour motif de partager une frontière commune. Mais c’est bien une partie  prenante directe, un acteur actif qui héberge, finance, arme, entraine et commandite le Front  Polisario. Il ne fait aucun doute que la création d’un État au Sahara ne serait en rien indépendant,  mais complètement inféodé aux intérêts d’Alger. 

La stratégie du Maroc ne relève pas d’un opportunisme, ce qui a fait la force du Maroc, c’est sa  capacité constante à s’adapter aux manœuvres de ses rivaux, L’Algérie, quant à elle, n’a jamais  vraiment changé sa position, s’obstinant toujours à exiger un référendum que l’ONU elle-même ne juge plus réalisable. Sa propagande ratée visant à établir un parallèle entre le peuple sahraoui  et le peuple palestinien ne trouve plus guère d’écho, le Polisario est devenu aujourd’hui un  fardeau pour le peuple algérien.  

Nous pensons donc que le gouvernement algérien à tort de vouloir baser sa politique étrangère  presque entièrement sur la question du Sahara et à vouloir faire de la haine du Maroc un principe  d’identité nationale. Le patriotisme ne doit jamais être fondé sur la haine d’autres pays, sinon il  devient un nationalisme. Un nationalisme excessif tend naturellement vers des idéologies  extrémistes et dangereuses, qui finissent par nuire au pays qui les cultive. Si l’Algérie redoute  qu’une extension du Maroc au sud pourrait servir comme point de départ pour un élargissement  à l’est vers Tindouf et Bachar, ces craintes sont infondées. Rabat n’a aucune intention de  s’immiscer dans les affaires internes de son voisin. La position neutre du Maroc adoptée lors  des évènements en Kabylie, qui a proclamé son indépendance vis-à-vis de l’Algérie, en  témoigne.  

Si encore les algériens nous reprochent d’avoir normalisé avec Israël, rappelons que cet  argument n’a rien de pertinent, car le Bahreïn, la Jordanie, l’Egypte et d’autres pays l’ont fait sans qu’Alger rompt ses relations avec ces états. Mais qu’en plus, ce rapprochement ne fut que  la conséquence directe du soutien qu’apporte l’Algérie et l’Iran au Polisario.

D’autre part, notons au passage le double-standard flagrant de l’Algérie qui exige des autres ce  qu’elle se refuse à elle-même, en refusant d’accorder ce même droit à l’autodétermination pour  le peuple Kabyle. Rappelons que lors d’un exposé oral devant la Cour internationale de Justice,  le représentant du gouvernement algérien M. Bedjaoui avait déclaré : « Si l’Algérie est restée  fidèle à l’autodétermination, principe cardinal du droit international contemporain, c’est  d’abord parce qu’elle en a accepté l‘application dans son propre territoire. »1 Alors il faut  assumer ses choix avec clarté. Tout le monde n’a pas la chance de se permettre un double-jeu,  comme la chauve-souris de la fable : « Je suis oiseau, voyez mes ailes ! Je suis souri, vivent les  rats! ». 

C’est une bien triste époque que de voir un Maghreb désuni, partout, on parle du Maroc et de  l’Algérie comme de deux frères ennemies, prêts à se lancer dans de longues disputes  interminables sur presque tous les sujets. À voir ces deux peuples frères se détester, il me semble  entendre cette réplique d’un des personnages de la pièce Macbeth de Shakespeare : « je vois  des poignards dans les sourires, et celui qui est le plus près par le sang est le plus prêt à le  verser ». 

Pour conclure, on ne peut que nourrir l’espoir qu’avec la résolution de ce conflit, s’apaise également la haine politique entre les deux nations. L’unité du Maghreb n’a que trop tardé. 

1 Cour internationale de Justice (CIJ). Mémoires, plaidoiries et documents, Sahara occidental. Vol. V, Exposés  oraux (suite et fin) et correspondance. La Haye : CIJ, 1975, p. 303.

BIBLIOGRAPHIE  

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