Pour distribuer des flyers, multiplier les slogans, lancer quelques piques à ses adversaires ou promettre des chiffres aussi ambitieux qu’improbable (pour rester gentil), les partis politiques et surtout ceux de l’actuelle majorité, semblent pleinement engagés dans cette campagne électorale. Plus qu’ils l’ont été durant le dernier mandat. Pourtant, au jour J, la réalité c’est qu’il n’y a eu aucun débat !! Beaucoup de paroles et pas de débats.
Les Marocains assistent à une overdose de messages et campagne publicitaire pour moi très dépassé et qui peut se retourner contre eux, de déclarations et de formules de communication. Mais où sont les confrontations d’idées ? Où sont les discussions de fond sur les priorités du pays ? Où sont les échanges contradictoires sur les choix budgétaires, les politiques publiques, les réformes engagées ou celles qui restent à entreprendre ? Une campagne électorale devrait être le moment privilégié de la clarification démocratique. Elle devrait permettre à chaque électeur de comparer des projets, des visions et de comprendre les différences qui distinguent les offres politiques. Or, aujourd’hui, cette clarification semble faire défaut.
Je suis conscient que quelques les responsables politiques ne possèdent pas des qualités d’orateur ou les mêmes facilités à communiquer comme J’ai toujours toujours mentionné dans mes articles en outre la capacité catastrophique du gouvernement à communiquer (PI, RNI, PAM). Je suis sûr qu’ils ont parlé en 13 jours de campagne plus que les 5 ans de majorité.
Gouverner un pays implique de défendre un bilan, d’expliquer des choix et d’assumer publiquement des orientations. À défaut d’éloquence, il reste toujours la possibilité de présenter des arguments, des chiffres vérifiables, des priorités cohérentes et une vision structurée de l’avenir.
Nous ne votons pas pour une formule marketing ou pour une campagne publicitaire. Nous votons pour un projet, pour des convictions, pour une certaine conception du développement économique, social et démocratique du pays. Et des convictions et idéologies !
Assistons nous davantage à une opération de positionnement électoral, à une bataille de parts de marché politiques où l’objectif principal n’est plus de convaincre par les idées mais de capter des segments d’électorat ?
Pourquoi dans la ruralité nous avons jamais eu de vote de revanche ou vote réactionnaire ?
En lisant les réactions de nombreux marocains, surtout jeunes, en observant leurs interrogations et parfois leur désarroi, je ne peux m’empêcher de penser que le Maroc mérite mieux. Mieux qu’une succession de slogans. Mieux qu’une campagne réduite à des affiches, des promesses et des attaques indirectes.
L’une des particularités de cette campagne est que le débat public semble parfois davantage porté par les journalistes, éditorialistes et créateurs de contenu que par les partis eux-mêmes. Alors que les responsables politiques peinent à confronter leurs idées, à défendre leurs programmes ou à assumer des échanges contradictoires, certains acteurs médiatiques se sont imposés comme de véritables animateurs de la discussion publique. Entre analyses, interviews, décryptages et interpellations, ils contribuent à faire vivre un espace de réflexion dont la démocratie a plus que jamais besoin. Cette situation est paradoxale : dans une campagne électorale, ce devrait être aux partis de mener les débats, non aux journalistes de les provoquer.
Je souhaite également saluer le travail de Taoufik Bouachrine, Rachid Achachi, Hamid Mehdaoui, Mohamed Taoujni, Abdellah Tourabi, Youness Meskine et le revenant Soulaimane Raissouni.
Pour conclure, ce qui est fait est fait. Malgré les frustrations que cette campagne peut susciter, je reste profondément optimiste. Ma conviction est que notre génération contribuera à faire évoluer les règles du jeu et à élever le niveau du débat public. Les réseaux sociaux, malgré tous leurs défauts, m’ont montré une chose : de nombreux jeunes s’intéressent à la politique, questionnent les choix publics, demandent davantage de transparence et refusent de se contenter des éléments de langage d’hier.
Je suis convaincu que dans dix ans, le paysage sera différent. Les citoyens seront plus informés, plus exigeants et moins sensibles aux slogans creux. Ils demanderont des programmes chiffrés, des débats contradictoires et des responsables capables d’expliquer, de convaincre et d’assumer leurs positions. Peut-être qu’aujourd’hui la campagne ressemble parfois davantage à un spectacle qu’à une confrontation d’idées. Mais je refuse de croire que cette situation est une fatalité. J’ai confiance dans la capacité de la nouvelle génération à imposer une autre culture politique, où le débat primera sur la communication, où les arguments compteront davantage que les formules, et où la démocratie gagnera en maturité à mesure que les citoyens deviendront plus exigeants.

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