Mon pronostic des élections législatives 2026 et le jeu des alliances

Les Marocains viennent de se prononcer dans les urnes pour désigner les 395 députés de la prochaine législature et par ce biais les parti de la majorités qui constitueront le gouvernement du premier parti politique au suffrage. Comme à chaque élection, l’attention se porte naturellement sur le taux de participation, le classement des partis et la répartition des sièges à travers les différentes régions du Royaume. Pourtant, une fois les résultats connus, la véritable bataille politique ne fait souvent que commencer.

Conformément à la Constitution article 47 le Roi nommera un Chef du gouvernement issu du parti arrivé en tête (« le Roi nomme le Chef du gouvernement au sein du parti politique arrivé en tête des élections des membres de la Chambre des représentants, et au vu de leurs résultats »)  S’ouvrira alors une séquence déterminante pour l’avenir du pays, celle de la formation d’une majorité parlementaire capable de gouverner durant les cinq prochaines années.

Et depuis 2007 (2002 hérésie avec Driss Jettou), le Roi choisit les chefs de partis arrivés premier, Abbas el Fassi, Abdelilah Benkirane en 2011, Saadeddine Elotmani en 2017, et Aziz Akhannouch en 2021. En 2017, après l’échec de Benkirane à former une majorité suite au blocage , le roi avait opté pour le numéro 2 du PJD, jurisprudence possible et envisagée dans le communiqué du cabinet royal en date du 15 mars 2017.

Dans un paysage politique où aucun parti ne dispose seul d’une assise suffisante pour gouverner, les négociations, les compromis et les jeux d’alliances deviennent aussi importants que le scrutin lui-même.

Lex expériences passés montrent justement que ce jeu politique décidé à l’avance ou pas interviennent dans un contexte particulier. Le Maroc est engagé dans d’importants chantiers économiques, sociaux et stratégiques, tandis que les attentes des citoyens en matière d’emploi, d’éducation, de santé et de pouvoir d’achat demeurent fortes. Plus que la victoire d’un parti, c’est donc la capacité des différentes formations politiques à construire des coalitions cohérentes et stables qui déterminera la trajectoire du pays pour les années à venir.

Dans cette chronique, je propose un exercice de prospective politique à travers analyser les rapports de force issus du scrutin, dresser mon pronostic sur le classement des principales formations et explorer les scénarios d’alliances qui pourraient façonner le prochain gouvernement.

Mon premier constat est que les principaux partis susceptibles d’arriver en tête apparaissent davantage comme des formations de gestion et d’administration du pouvoir que comme des partis porteurs d’une identité idéologique forte et clairement identifiable.

Au fil des années, les grands clivages idéologiques qui structuraient autrefois la vie politique marocaine se sont progressivement atténués. Les débats entre gauche et droite, entre libéralisme économique et social-démocratie, ou encore entre conservatisme et progressisme, occupent moins d’espace qu’auparavant dans le débat public.

Mon pronostic :

Si l’exercice du pronostic est toujours périlleux, tant les dynamiques locales et les taux de participation peuvent rebattre les cartes jusqu’au dernier moment, mon intuition est que ces élections pourraient confirmer certaines tendances tout en réservant quelques surprises. Je vois ainsi le PAM s’imposer comme la première force politique du pays grâce au Mercato politique et le renforcement de leur influence dans le terrain, devant le RNI qui ont été rattrapé par le mandat de 5 ans et donc peuvent avoir le vote punitif, (pas mes meilleurs choix 🙂 ) tandis que le PJD pourrait créer la surprise en retrouvant une place sur le podium grâce à son socle militant, sa capacité de mobilisation et un très bon mandat d’opposition. Derrière ce trio, l’Istiqlal devrait conserver une position solide comme dh’abitude, suivi du Mouvement Populaire, du PPS et de l’Alliance de la Gauche Démocratique.

Les possibles Alliances de majorité :

À mes yeux, le PJD pourrait être le véritable faiseur de loi de cette élection. Non pas nécessairement parce qu’il arriverait en tête, mais parce qu’il pourrait devenir l’acteur déterminant dans la constitution de la future majorité. Le parti a bâti sa campagne une partie de sa crédibilité politique sur son discours de lutte contre la corruption, les conflits d’intérêts et la moralisation de la vie publique. Cette posture lui confère un levier d’union dans le paysage politique gauche marocain. La relation avec le RNI apparaît aujourd’hui comme la plus difficile voire impossible à réconcilier. Les deux formations incarnent depuis plusieurs années deux lectures opposées du pouvoir et de la gouvernance. La rupture politique pendant le dernier mandant me semble profonde et il paraît difficile d’imaginer une coalition naturelle entre les deux partis. Benkiran était clair et a bâtit sa campagne sur le Akhannouch baching

En revanche, une alliance avec le PAM me semble plus envisageable, mais sous certaines conditions. Si la logique coutumière devait conduire à la nomination à la primature du secrétaire général du parti arrivé en tête, je vois mal le PJD participer à une majorité dirigée par cette personnalité. Dans ce scénario, le parti islamiste pourrait privilégier une stratégie d’opposition ferme, voire une forme de revanche politique après les épisodes de 2016 et les tensions qui ont marqué la fin de son expérience gouvernementale.

À l’inverse, si une personnalité plus consensuelle et technocratique, comme Fouzi Lakjaa, devait émerger pour conduire l’action gouvernementale, les lignes pourraient davantage bouger. Une telle hypothèse offrirait au PJD une porte de sortie honorable lui permettant de participer à une majorité au nom de la stabilité et des réformes, sans avoir le sentiment de renier son positionnement politique. Mais refuseront si la secrétaire générale Fatimazohra Mansouri comme veut la coutume royal est première ministre, je pense que le PJD fera opposition et blocage, une revanche de 2016. Ils pourront donc faire coalition que si Lekjaa est l’élu.

Dans toutes les configurations, l’Istiqlal apparaît comme le partenaire le plus flexible. Parti historique, il ne dispose certes plus de l’influence électorale qu’il a pu connaître par le passé, mais il conserve sa place politique et une capacité de négociation sous la direction de Nizar Baraka, l’Istiqlal est capable de compromis, capable de dialoguer avec des partenaires idéologiquement très différents même si c’est ce qui peut leur porter préjudice en terme d’honnêteté politique.

Un autre élément à surveiller serait la capacité du PJD à créer des convergences ponctuelles avec certaines composantes de la gauche. Sur de nombreux sujets sociétaux, les divergences demeurent importantes, notamment concernant les libertés individuelles ou l’évolution vers une monarchie parlementaire plus affirmée. Néanmoins, il existe également des terrains communs, notamment autour de la lutte contre la corruption, des conflits d’intérêts, de la transparence de la vie publique et du renforcement du contrôle démocratique. Sans parler d’alliance idéologique, des coopérations politiques pourraient donc émerger sur certains dossiers.

Enfin, le scénario le plus surprenant, mais peut-être aussi le moins probable dans une logique de stabilité du système, serait celui d’une majorité « RNI-PAM 2.0 ». Cette hypothèse supposerait un retrait relatif d’Aziz Akhannouch de la première ligne politique, tout en conservant une influence déterminante dans les arbitrages stratégiques. Tandis que des figures comme Rachid Talbi Alami continueraient de jouer un rôle central en coulisses. Une telle configuration constituerait une forme de recomposition de la majorité sortante, malgré les tensions, les rivalités de territoire et le mercato politique qui ont marqué les relations entre les deux formations durant la législature écoulée. (Situation qui ne va pas apaiser l’environnement politique marocain)

Au fond, plus que le classement final des partis, c’est bien la capacité de chacun à dépasser ses antagonismes qui déterminera le visage du prochain gouvernement.

La généralisation de la protection sociale, la transformation du système éducatif, la souveraineté énergétique, la création d’emplois pour une jeunesse toujours plus qualifiée, la modernisation de l’administration ou encore la réduction des inégalités territoriales exigeront des choix politiques forts et une capacité d’exécution que les gouvernements successifs ont parfois peiné à démontrer.

À cela s’ajoute l’échéance de la Coupe du Monde 2030, qui constitue une formidable opportunité de développement, mais également un test grandeur nature de la capacité du pays à accélérer ses réformes, ses infrastructures et son attractivité économique.

Au final, mon pronostic est moins celui d’un vainqueur que celui d’un rééquilibrage. Un rééquilibrage entre majorité et opposition, entre gestion et vision politique, entre stabilité et exigence de résultats.

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